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Affûter son regard :

Voir ce qui ne se voit pas

 

Il faut apprendre à voir, sous l'aspect extérieur, la structure, la construction. Par exemple, sous les vêtements, le corps humain, la charpente osseuse. Sous la peau, la musculature, les vaisseaux sanguins.

 

Déceler les lignes de force, les alignements, le mouvement, ces rythmes, ces arrangements qui transparaissent dans le sujet. Percevoir une dynamique.

 

Ce qui ressort de cette phase, c'est l'importance d'éduquer le regard, de voir l'harmonie, la poésie qui nous entoure, et qui est sous-jacente dans notre environnement. Ce merveilleux que les anciens se représentaient sous forme de fées, d'elfes, de manifestations d'un monde invisible et qui sans doute pourrait correspondre aux beautés et aux mystères de la nature : la croissance et l'éclosion des fleurs, le monde animal, si lointain et si proche de nous, les paysages grandioses, la nuit étoilée...

 

On pourrait compléter la formulation de ce titre en précisant : voir ce qui ne se voit pas au premier regard. Le côté onirique, fantastique de chaque chose .

 

Inversement, n'oubliez pas qu'il n'est pas indispensable de tout montrer. En montrer trop peut tuer une Å“uvre.

 

Voir là où les autres ne voient rien

 

Approfondir sa connaissance du sujet en l'observant au-delà de la simple prise de contact. L'intégrer dans son environnement, son atmosphère.

 

Le peintre s'attache davantage aux formes qu'il saisit dans la réalité et à leur rapport les unes par rapport aux autres. La nature des objets elle-même importe peu. Il analyse les valeurs (clair, plus clair, sombre, plus sombre...), et le rapport de ces valeurs entre elles, comme il évalue les couleurs et décèle les harmonies ou dissonances de couleurs dans le sujet qu'il a en face de lui.

 

Il évalue la relation entre les formes. Il considère les vides, les espaces qui séparent les objets. L'artiste observe les variations de couleurs en fonction de l'éclairage et de la position du soleil à l'heure de l'observation. Les jeux de la lumière dans l'ombre, les reflets, les parties d'ombre dans la lumière.

 

Si les autres ne le voient pas, c'est parce qu'ils n'observent pas ou qu'ils ne savent pas ce qu'il y aurait à observer. Pour prendre conscience de certaines choses, il faut y consacrer du temps. Parfois beaucoup de temps.

 

Pour nombre de personnes, certains sujets ne sont pas dignes d'intérêt. Pourtant, les sujets les plus simples, ceux sur lesquels il n'est pas spontané de mettre un nom, ont l'avantage de la surprise ; ils entraînent vers un autre univers. Un univers différent.

 

Tout comme le danseur qui vit son corps de l'intérieur, tout en investissant l'espace par sa gestuelle, sa dynamique, sa rythmique, le peintre exprime autre chose que la réalité extérieure visible. À travers le sujet et son traitement, il révèle sa sensibilité, sa compréhension du monde. Il projette sa vision personnelle dans son œuvre.

 

Comparer, évaluer, jauger

 

J'ai soif ! Pour satisfaire ce besoin, je vais ouvrir un meuble ou un placard, prendre un verre, le poser sur la table, saisir une bouteille, et verser de l'eau ou tout autre liquide, etc... Dans ce geste, mon Å“il aura eu à identifier le meuble, le verre, la table, la bouteille, repérer le niveau d'eau dans le verre afin d'arrêter l'opération avant que l'eau ne déborde. En peinture, on doit éviter de raisonner de cette manière, c'est à dire isoler les objets. Il faut identifier les zones lumineuses et les ombres, évaluer les rapports entre deux surfaces colorées, en un mot avoir une vision plus globale, matricielle, moins ponctuelle, de ce qui est sous nos yeux.

 

Cela ne correspond pas à ce que nous avons l'habitude de faire depuis notre enfance. Cela ne nous paraît pas naturel, parce que ce n'est pas utilitaire.

 

Il y a une vision utilitaire, une vision schématique, une vision symbolique...

 

La vision artistique, sensible, est faite d'interrogations, de questionnement : qu'est ce qui me plaît ? Pourquoi ça me plaît ? En quoi cela me plaît ? Derrière les apparences, les évidences, les objets, les paysages, les personnages, ce qu'on appelle la "réalité", il y a la lumière qui joue avec l'ombre, les matières et leurs effets, l'atmosphère, l'espace, le mouvement, les sensations, les émotions, les interprétations. Pourquoi cela me touche ? Pourquoi cela m'irrite ou m'enflamme ? Pourquoi mon regard revient-il inlassablement sur cette opposition, cette harmonie, cette zone où je ne vois rien de spécial ? Il ne faut pas s'arrêter aux apparences. Superficielles.

 

Il faut recréer ce qui nous entoure. Créer. Selon ce que nous percevons.

 

Sur chacun des tableaux que nous aurons l'occasion de rencontrer, les nôtres et ceux des autres, y compris des peintres ou dessinateurs célèbres, il faut s’exercer à la critique : trouver un point fort, intéressant, et aussi un point à améliorer, ou que nous souhaiterions aménager. Il s’agit de s’entraîner à évaluer, avec notre sensibilité, pas de démolir tel ou tel artiste.

 

La lecture d'une Å“uvre s'apprend.

 

Comment le regard circule dans le tableau ? Y entre ? Y tourne ? Y revient ? Par rapport au sujet. Quel est le message que l'artiste a voulu faire passer ? Intentionnellement, ou indirectement ?

 

S'interroger sur ce qu'est un chef-d'Å“uvre.

 

Fréquenter les musées, les galeries, les expos. Apprendre à décrypter le travail de l'artiste. Éduquer le regard. Appliquer les tests d'évaluation à ces œuvres.

 

 

Premier domaine : Le monde de l'intention,
Le travail de l'artisan

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